22 avril 2018 # # #

La chasse aux fakenews : fausse bonne idée

Dans son billet  Fifty Shades of Fake. Le jour des fous et des mensonges. Et les 364 autres, Olivier Ertzscheid explique que la chasse aux Fakenews, que ce soit à coup de labelisation ou de proposition de loi est vouée à l’échec. Le problème ce ne sont pas les Fakenews mais leur véhicule, l’architecture des plateformes qui en permettent la diffusion.

Lutter contre les fakenews : #FAIL

Beaucoup de choses ont déjà été tentées pour lutter contre les Fakenews, sans succès. L’étiquetage des contenus des plateformes par exemple a plutôt tendance à renforcer les logiques complotistes. Facebook lui même a établi que le marquage des Fakenews produisait plus de défiance qu’autre chose. Ainsi, le projet commun de RSF, de l’AFP, et du Global Editors Network,  qui porte le joli nom de  Journalist Trust Initiative? et dont l’objectif est de créer des normes sur la transparence et la fabrication de l’information pour in fine labeliser des médias, est voué  à l’échec.

Tout comme le projet de loi du gouvernement sur les Fakenews. Là où la République en marche est sensationnelle c’est qu’elle a réussi l’exploit de pondre un projet non seulement inefficace mais en plus dangereux :

Ce que nous savons de l’actuel projet de loi, complété par la lecture des fichiers mis à disposition par Next Impact, va mettre un gouvernement en situation de museler des organes de presse en temps d’élection dans ce qui reste quand même, ne leur en déplaise, une putain de démocratie. En l’état de ce qu’on connaît du projet de loi, Sarkozy pourrait saisir un juge des référés pour empêcher les révélations de Mediapart sur le financement de sa campagne (par exemple hein …). Ou plus récemment François Fillon aurait pu étouffer pépouze l’affaire Pénélope au même motif de Fake News en temps d’élection (par exemple toujours hein …).

Oui mais, qu’est-ce qu’on fait ?

Aucune de ces deux initiatives ne s’attaque à la racine du problème. Précédemment appelées propagande, rumeurs, désinformation, hoax, etc. les fakenews ont toujours existé. Ce qui a changé ces dernières années, c’est leur mode de diffusion.

Les fakenews, c’est l’arbre qui cache la forêt. Le véritable problème réside dans les « architectures toxiques » des  plateformes des Gafam qui par leur centralisation en permettent la diffusion virale et qui par leur modèle économique en tirent de larges profits. Plus de clics, que ce soit sur des vraies ou de fausses informations, au final pour Facebook le résultat est le même, c’est plus de clics. Facebook vit de ces clics (des données des utilisateurs, mais ce sont bel et bien les interactions, les « clics », qui permettent à ces vautours de récupérer des données). Je répète donc ce que j’écrivais il y a quelques jours ici : il faut briser Facebook.

Plutôt que de légiférer, d’interdire ou de labeliser, Olivier Ertzscheid propose une stratégie en trois actes :

  • lutter contre l’architecture viciées des plateformes qui vivent de la diffusion des fakenews,
  • lutter contre la surveillance et l’accumulation de données personnelles comme modèle économique (le capitalisme de surveillance)
  • investir massivement dans l’éducation

?Plus globalement ce qui est en cause ici c’est l’explosion circonstancielle ou délibérée de nos cadres collectifs d’énonciation, d’éducation et d’entendement. Et des repères mémoriels qu’ils contribuent à construire, à préserver et à expliciter. Et à ce titre lutter contre les architectures techniques toxiques doit être une priorité. Une priorité absolue. En profiter pour lutter pied à pied contre chaque nouvelle avancée du capitalisme de la surveillance doit en être une autre. Et plus que tout, par-dessus et au-delà de tout, il nous faut investir massivement dans l’éducation. La mémoire collective construite par l’éducation comme rempart aux contre-vérités individuelles instruites par des logiques marchandes se déployant au sein d’architectures techniques toxiques. Le combat est celui-là. Et aucun autre.

À lire d’urgence  : affordance.info: Fifty Shades of Fake. Le jour des fous et des mensonges. Et les 364 autres.

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