Finkelkraut, #balancetonporc et « lémédias »

Image de Renaud Camus sous licence Creative Commons

Alain Finkelkraut, philosophe vieillissant mais toujours prêt à exister à l’aide d’une bonne vieille sortie réactionnaire, a donné un entretien dans le Figaro dans lequel il explique que la campagne #balancetonporc a été lancée pour « noyer le poisson islamiste ». Je cite :

L’un des objectifs de la campagne #balancetonporc était de noyer le poisson de l’islam: oubliée Cologne, oubliée la Chapelle Pajol… (…) et puis patatras, les noyeurs de poisson attrapent, bien malgré eux, un très gros poisson islamiste qu’ils ne peuvent pas rejeter à la mer, car Tariq Ramadan n’est pas seulement accusé de harcèlement, mais de viol et de coups et blessures.

C’est insultant pour toutes celles et ceux qui ont témoigné et complètement ridicule, à l’image de ce vieux philosophe fatigué. Ce qu’a relevé à juste titre Caroline de Haas sur twitter :

Autant je suis en accord avec le fond de cette réaction, autant je suis très énervé de lire « J’ai honte des médias qui le laissent dérouler ses délires violents, racistes et méprisants ».

Certes, personne n’a forcé le Figaro à publier un entretien de Finkelkraut et publier cette tribune relève d’une forme de choix. Mais parler de « honte » pour avoir publié des propos d’une tierce personne, c’est excessif. Ce n’est pas parce qu’un interviewé tient des propos abjects dans un média que celui-ci les partage forcément. Et ce n’est pas non plus le rôle d’un média que de faire le tri entre la « bonne parole » et celle qui ne l’est pas. Sinon quoi ? On ne publie plus que des interviews de gens avec qui on est d’accord ? Ou alors on publie l’interview et on caviarde les passages dérangeants ?

Le rôle des médias est de relayer des infos et en l’occurrence, dans sa partie « Tribunes » (ce qu’est le Figaro Vox), des opinions. Ne soyons pas naïfs non plus, chaque média a sa ligne éditorial et on voit plus souvent des interviews de Finkie dans le Figaro que dans Libé. C’est un type qui parle plus au lectorat du premier que du second. Mais parler de « honte » pour avoir publié une interview aussi outrancière et complotiste soit-elle, c’est nier la fonction de relais d’opinions des médias.

Par ailleurs le coup du « lémédias » dans le « j’ai honte pour les médias » : comme si tous les médias publiaient des interviews de Finkelkraut, comme s’ils étaient tous coupables de reprendre à leur compte les propos d’un vieux réac’ complotiste (chose que même Le Figaro ne fait pas si tu as bien suivi ce que je racontai au paragraphe précédent ami lecteur). Mais, « lémédias » ça n’existe pas. Il y a des médias, de droite, de gauche, de centre, d’extrême droite, d’extrême gauche, qui publient des tribunes d’opinion diverses, et qui n’en partagent pas nécessairement le fond. Et que ça plaise ou non à Caroline De Haas (que je cite ici parce que son tweet et les réponses qui l’accompagnent m’ont interpellé) il existe des gens – dont Finkelkraut – qui ont des idées de merde et qui ont le droit de les exprimer tant que la loi ne l’interdit pas, et qu’un média comme Le Figaro peut choisir de publier sous forme de tribune. Ça ne doit pas faire pour autant « honte » à tous les médias. Pas même au Figaro. Sinon autant créer dès maintenant un bureau de la censure pour décider ce qu’il est acceptable ou non de publier dans « lémédias ».

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