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Le mythe des espaces de coworking

Où l'on découvre la différence entre espace de coworking et tiers-lieu, entre business et initiative citoyenne.

Google Umbono Workspace
"Google Umbono Workspace" par Haldane Martin. Photo sous licence CC BY

Les espaces de coworking : sooooo cool

Les espaces de coworking se multiplient dans les agglomérations urbaines. Le principe : pour une somme « modique » on accède à un bout de bureau, une connexion Internet et une machine Nespresso. Les fervents défenseurs de ces espaces [1] ne tarissent pas d’éloges sur ce système. Morceaux choisis :

  • Ces espaces sauront vous inspirer et soutenir l’ambition de vos projets et libérer votre expression créative (Le Tank)
  • Cette nouvelle façon de travailler vous permettra de « réveiller votre projet professionnel », de « révéler votre âme d’entrepreneur » et de « se confronter à du beau monde pour s’ouvrir de nouvelles perspectives » (Morning Coworking)

Dans les espaces de coworking , il y a des règles, différentes selon les espaces, mais toujours géniales. Par exemple (pris au hasard), chez Morning Coworking, l’esprit c’est :

Garder le sourire, se faire confiance, s’ouvrir à l’autre, rester flexible et considérer le changement permanent comme une belle habitude. Fini le « boring ». Au programme de Morning Coworking : du easy going, happy meeting et gros kiffing. Par ici, vous n’avez pas fini de rayonner.

Franchement ça donne pas envie de travailling ça ?

Pour la déco’, on trouve du parquet, du bois, des murs bruts, et aussi ce genre d’affiches :

Faites un break, venez travailler

C’est du taff mais c’est du kiff

Au delà de l’idéologie nauséabonde que ce genre de slogan charrie  – l’injonction à trouver son travail génial (désolé mais tout le monde ne kiffe pas forcément son travail demande aux salariés de Lidl ou de Free) – je suis assez remonté contre la littérature du « cool » qui entoure ces espaces. Pourtant certains y voient de potentiels tiers-lieu qui pourraient même servir de levier pour les politiques de la ville politique : 

j’ai l’impression de parler d’un projet socialement responsable, un projet immobilier solidaire, dont le service partagé vendu par les constructeurs pourrait également être le levier. Sur cet aspect comme sur d’autres (cf. post RGCS sur Robin Hood), je pense que plus que jamais, l’économie et les acteurs sociaux mènent, peuvent mener et doivent mener aux politiques publiques.

« Tout doux bijou ». Avant de se lancer dans ce genre de tirade enflammée, il convient de s’attarder un peu plus sur la définition d’un tiers-lieu ainsi que sur les politiques tarifaires des espaces de coworking.

Les tiers-lieu

Un tiers-lieu est un endroit qui n’est ni votre domicile, ni votre lieu de travail mais un lieu ouvert où des gens se rencontrent pour faire autre chose que travailler, manger ou dormir et qui leur permet d’échanger et de partager des connaissances et des ressources. Le concept a été théorisé par le sociologue Ray Oldenburg, dans son livre The Great, Good Place.

Les tiers-lieux jouent également un rôle important au regard de la démocratie et de l’engagement civique. Une MJC est un tiers-lieu, une bibliothèque est un tiers-lieu, un hackerspace est un tiers-lieu. Un espace de coworking…

Un bon business

Un espace de coworking est un bon moyen de tirer le maximum d’un patrimoine immobilier en plein centre urbain. D’ailleurs les gros promoteurs immobiliers ne s’y sont pas trompés : Nexity a par exemple lancé son propre service de coworking sous le nom de Blue Office. Pour 290 € HT par mois (ou 30 € par jour), un coworker loue 3 mètres carrés de bureau. Imaginons ce que peut rapporter un espace de 150 m2 en plein centre d’un e grande ville transformé en espace cool et trendy avec meubles en bois et poutres métalliques apparentes à la berlinoise parce que Berlin c’est une ville trop cool et qu’on s’y sent tellement bien pour travailler. En fait même pas besoin d’imaginer puisque Bordeaux Startup a fait le compte pour nous dans son billet coup de gueule L’arnaque des espaces de co-working :

C’est là que toute la magie de la rentabilité opère pour les espaces de coworking. Pour le comprendre, il faut savoir que le prix au m2 d’un espace de bureau est de ~12€ par mois et par m2. Soit donc un coût pour vos malheureux 3 ou 4 m2 de 48€ par mois. Un gain donc moyen de 198€ (240€-48€) par poste occupé et par mois pour les propriétaires des espaces de coworking. Alors OK, rajoute 50% de frais associés à chaque m2 et la facture monte à 72€ par poste de travail, reste quand même 168€ de marge brute tous les mois.

Un espace de coworking, ce n’est pas un tiers lieu, c’est un business et plutôt un bon business.

Perso, je retourne travaille dans mon espace de coworking préféré : la bibliothèque.

  1. souvent les espaces de coworking eux-même, faut bien vendre son business coco

2 réponses à “Le mythe des espaces de coworking”

  1. Salut Grégoire, ça fait plaisir de tomber sur ton blog 🙂

    Mon expérience n’est pas tout à fait la même, ou en tout cas j’aimerais amener quelques nuances à l’avis que tu développe ici.

    Il existe des espaces de coworking qui ne sont pas des business, mais qui sont simplement une co-location de bureaux. Un bon exemple est le projet « Happy Hours» (http://happyh0urs.com/) qui sévit en plein coeur de Rennes, depuis quelques années maintenant. Ce serait intéressant de leur poser la question du coût au m², parce que j’ai l’impression que ta dernière citation est dans les choux: eux ne se font pas d’argent sur le dos de quiconque, ils divisent les loyers, et peut-être se gardent une partie en réserve.

    Voila. Le tableau me parait un peu moins terne comme ça: il existe des lieux qui ne sont ni des usines à fric ni des tiers lieux ouverts à tous.

    A bientôt !
    Alex

  2. Barbayellow dit :

    Hello Alexis, j’avoue que mon expérience est pas mal déformée par le prisme parisien, où la pression immobilière est telle qu’il est difficile de trouver des projets équilibrés. En tout cas merci pour cet éclairage !

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