Antonio Garcia Martinez, le clown survivaliste de la Silicon Valley

Survival of the Fittest par Revan Jinn, sous licence CC by NC

« Chaque fois que je rencontre quelqu’un, je peux citer 10 entreprises occupées à rendre l’emploi de ce gars-là superflu »

D’ici cinq à dix ans, la majeure partie des emplois actuels pourrait être assurée par des machines, privant ainsi des millions de personnes de leur moyen de subsistance. C’est ce qu’Antonio Garcia Martinez, ex super cadre chez Twitter puis Facebook, explique dans un documentaire sur la Silicon Valley diffusé dimanche dernier sur la BBC. Selon lui, les conséquences pourraient être dramatiques :

Il y a 300 millions d’armes aux États-Unis et elles sont pour la plupart entre les mains de ceux qui vont être déclassés économiquement. Ils pourraient être invulnérables.

Ça sent clairement la peur du pauvre. Tous ces prolos américains qui vont perdre leur boulot ont quand même des armes. Faudrait voir à pas trop les énerver quand même. S’ils s’unissaient, il seraient IN.VUL.NE.RABLES. #FEAR.

Un clown survivaliste

À la vue du reportage (ce que ne permet pas de voir l’article de l’Express qui reprend les propos d’Antonio Garcia Martinez) il apparaît que le type est clairement un clown survivaliste. Ainsi, dans une séquence au milieu de la forêt où il se construit son petit nid survivaliste, entre toilettes sèches et tipi fait main, on le voit tirer au fusil d’assaut sur des canettes. Et d’expliquer au journaliste de la BBC que dans la « post-Amérique » (post quoi ? On sait pas trop, post révolution, post soulèvement ?) la monnaie d’échange sera la cartouche de 56 mm. Trust me! qu’il rajoute.

Antonio Garcia Martinez a fait de l’avènement de l’apocalypse post-numérique son fond de commerce. En plus des quelques minutes qui lui sont consacrées dans ce reportage de la BBC, il a publié Chaos Monkeys : Obscene Fortune and Random Failure in Silicon Valley , un livre sur l’évolution chaotique du marketing en ligne et des réseaux sociaux et leur influence sur nos vies et le futur (the chaotic evolution of social media and online marketing and reveals how it is invading our lives and shaping our future). Tout ceci après avoir travaillé presque dix ans dans les pires boîtes (Goldman Sachs) y compris celles dont il affirme qu’elle vont détruire le monde (Twitter et Facebook) ainsi que nous l’apprend sa biographie. Un parcours qui laisse rêveur.

Ceci dit

Si les réponses qu’Antonio Garcia Martinez propose à son apocalypse annoncée – aller se terrer en forêt et chier dans un seau – frisent le ridicule, les problèmes qu’il soulève n’en restent pas moins intéressants. D’autres esprits un peu plus équilibrés ont – bizarrement – une analyse assez proche de celle d’Antonio.

Le philosophe Bernard Stiegler tient un discours similaire sur l’impact de la technologie sur l’emploi. Côté solution, les deux diffèrent. Plutôt que de se cacher dans les bois, Stiegler propose d’ouvrir un débat sur la redistribution des gains, notamment via l’instauration d’un revenu contributif. C’était également le sens de la proposition de l’un des candidats à la présidentielle, Benoît Hamon, avec l’instauration du revenu de base. Dans le même registre, Bernard Friot, économiste et sociologue, propose lui le concept du salaire à vie. Enfin, et j’en parlais sur ce blog il y a quelques mois, la raréfaction des emplois était au centre de l’intervention de Laurent Alexandre devant le Sénat lors d’une récente table ronde sur l’intelligence artificielle.

Il semblerait qu’Antonio ne soit pas le seul à s’inquiéter des conséquences de l’automatisation sur les emplois. Et si Antonio n’était pas complètement un clown après tout ?

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