Outils informatiques : Microsoft, Google & co vs logiciels libres

Chez Bibliothèques Sans Frontières, l’ONG pour laquelle je travaille, , on se demande comment rationaliser nos outils informatiques internes, messagerie, serveurs d’échange de données, calendrier, agendas partagés etc. Je milite pour des outils libres.

Des outils libre ?

Outils Libres vs Google & co, la plupart du temps, la question se pose en ces termes :

Pourquoi ne pas passer tout le monde sur Google apps, si efficace, si peu chère, si facile à utiliser, plutôt que d’utiliser des machins libres qui font la même chose en moins bien.

C’est un peu plus compliqué que ça.

Faite ce que je dis pas ce que je fais

Bibliothèques Sans Frontières (BSF) est une ONG dont le mandat est l’accès à l’information et à l’éducation. Parmi les outils que nous déployons, il y a l’Ideas Box, une médiathèque mobile, autonome, qui permet d’accéder à des ressources numériques même sans connexion Internet.

Les Ideas Box sont déployées dans différents contextes, en France, à l’étranger, auprès de bibliothèques ou dans des camps de réfugiés. L’Ideas Box représente pour certains utilisateurs la première porte d’entrée vers le numérique. Dis plus simplement, certaines personnes qui accèdent aux tablettes ou ordinateurs embarqués dans une Ideas Box n’ont jamais touché un clavier de leur vie. Parce que les Ideas Box sont un espace de médiation et d’initiation à la littératie numérique, il est inconcevable d’imposer des outils fermés et de laisser croire qu’Internet c’est Google [1] ou que Word c’est l’ordinateur. Au contraire, il faut expliquer les avantages et les inconvénients des Google, Microsoft, Apple et des outils libres afin d’offrir aux bénéficiaires (c’est comme ça qu’on dit en langage ONG pour parler des utilisateurs) la possibilité de faire un choix éclairé. C’est aussi ça la littératie numérique.

Pour offrir ce choix, il faut commencer en interne, chez nous, chez BSF. Ceux qui travaillent sur les projets Ideas Box doivent connaître et maîtriser les outils Google – c’est déjà le cas – les outils Microsoft – c’est déjà le cas – et les outils libres – c’est un peu moins le cas.

Et comment mieux connaître et maîtriser des outils libres sinon en les utilisant ? Proposer en interne des outils différents des Google Apps ou de Microsoft 360 me semble être une première étape nécessaire (et accessoirement une bonne tactique trotskiste d’entrisme) pour contribuer à développer une littératie numérique jusque sur les terrains où les projets de BSF sont déployés.

Souveraineté

Une autre excellente raison d’utiliser des outils libres, peut-être même la meilleure, c’est la maîtrise de ses données. Le terme hype du moment, c’est « La souveraineté des données ». Tellement hype que même le sénat en parle puisque la souveraineté des données a été retenue comme principal argument dans l’amendement de la loi numérique sur le choix des technologies pour les administrations [2].

Avec un logiciel libre, on peut héberger ses propres données sans être obligé de les envoyer sur des serveurs de grosses sociétés privées qui ne sont pas censées accéder aux données mais que parfois si, quand même un petit peu.

Le programme Prism

Et quand bien même, à supposer que les Google, Facebook et compagnie aient été de bonne foi et qu’elles n’aient eu aucune latitude dans l’affaire Prism (et toutes les autres) pour dire aux messieurs en noir du FBI « Oh les mecs, vous pouvez quand même pas nous demander de violer les correspondances privées de dizaines de milliers de nos clients », quand bien même, un des moyens les plus efficaces de lutter contre la surveillance de masse, c’est la décentralisation. Plus il y aura de points différents et de serveurs à surveiller, plus la tâche sera compliquée.

Responsabilité

Pour avoir travailler ces dernières années sur des sujets liés à la surveillance, de sociétés privées ou des États, pour avoir connu l’avant et l’après Snowden, je rappelle qu’il est crucial de savoir où stocker ou ne pas stocker ses données.

BSF mène des projets en France, au Burundi, en Éthiopie, en Jordanie, etc. auprès de différents publics et parmi ceux-ci, des réfugiés, soudanais, pakistanais, afghans, syriens, somaliens…

Faire transiter des données par les serveurs de Google, Microsoft, Apple, Dropbox, ou de n’importe quelle autre société résidant sur le sol américain quand on intervient dans des programmes qui ont pour ambition d’aider des réfugiés syriens, iraniens, afghans, pakistanais, me paraît pouvoir poser problème [3] au vu des rapports qu’entretiennent ces pays avec celui de l’oncle Sam.

Prix

Tout n’est pas rose non plus avec le libre. Les solutions libres sont gratuites… à l’achat. Les solutions libres ont un coût souvent plus élevé sur le long terme : maintenance des serveurs, sauvegardes, etc. Et on ne peut pas se permettre de voir un service indisponible sous peine de voir débarquer des utilisateurs furieux qui demanderont « Internet est cassé ? J’ai pas accès à mes mails (ou à mes chats, mes documents, mon calendrier, etc.) ».
Mais c’est probablement le prix à payer pour ne pas perdre notre âme en l’abandonnant à de grosses multinationales dont l’ambition n’est plus depuis longtemps de changer le monde.

  1. T’as qu’à chercher sur Internet est une expression symptomatique de cette confusion
  2. Malheureusement, il n’est pas écrit noir sur blanc que les administrations doivent préférer les solutions libres aux solutions propriétaire mais il est rappelé que celles-ci ont une responsabilité quant à la souveraineté de leurs données.
  3. Vous avez vu, je prends des pincettes, dans un bon jour, j’aurais même utilisé le conditionne.

 

Réagissez

Si ce billet vous a plu ou si vous voulez apporter des précisions, ou si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je raconte, c’est ici qu’il faut vous manifester. Je me réserve toutefois le droit de supprimer toute contribution insultante ou qui n’aurait rien à voir avec la choucroute.

  1. RT @Barbayellow: Pourquoi ne utiliser #Google apps plutôt que des machins libres qui font la même chose en moins bien ? Parce que https://t…

  2. RT @Barbayellow: Pourquoi ne utiliser #Google apps plutôt que des machins libres qui font la même chose en moins bien ? Parce que https://t…

  3. RT @Barbayellow: Pourquoi ne utiliser #Google apps plutôt que des machins libres qui font la même chose en moins bien ? Parce que https://t…

  4. Prenez neomutt 🙂

  5. RT @Barbayellow: Pourquoi ne utiliser #Google apps plutôt que des machins libres qui font la même chose en moins bien ? Parce que https://t…

  6. Outils informatiques : Microsoft, Google & co vs logiciels libres https://t.co/sqa4ijm3Ii via @barbayellow

  7. RT @Barbayellow: Pourquoi ne utiliser #Google apps plutôt que des machins libres qui font la même chose en moins bien ? Parce que https://t…

  8. RT @Barbayellow: Pourquoi ne utiliser #Google apps plutôt que des machins libres qui font la même chose en moins bien ? Parce que https://t…

  9. (chouette article)
    CHATONS is coming : http://framablog.org/2016/02/09/chatons-le-collectif-anti-gafam/

    Mais comme à BSF, on avance aussi vite qu’on peut…

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