Pourquoi pas un chromebook ?

L’ONG pour laquelle je travaille, Bibliothèques Sans Frontières, mène plusieurs projets liés à l’accès à l’information et à l’éducation. Parmi ceux-ci, l’ideas box, une médiathèque mobile qui embarque des livres, des ordinateurs, des tablettes, des liseuses, une connexion Internet, des jeux de société, bref tout ce qu’il faut pour mener de multiples activités ludo éducatives auprès de publics fragilisés, réfugiés, populations rurales, isolées, etc. L’ideas box étant une boîte multi-usages, on peut également y mener des programmes de litéracie numérique.

Récemment, l’idée a été évoquée d’équiper les Ideas Box de chromebooks. Pourquoi pas après tout ? Les chromebooks sont des ordinateurs peu chers, simple d’utilisation et plutôt sécurisés. Et celui que j’utilise pour rédiger ce billet est plutôt séduisant. C’est un asus C200, simple d’utilisation, il démarre au quart de tour et a une autonomie d’une dizaine d’heure. Alors pourquoi pas ?

The medium is the message

The Medium is the Message comme disait ce bon vieux McLuhan. Accéder à Internet avec un Chromebook, une tablette Microsoft, un ipad ou ordinateur sous Linux, ce n’est pas la même expérience. Lors d’un premier contact avec l’informatique, le medium peut influer la compréhension de l’informatique, de ce qu’est Internet et plus largement les réflexes et habitudes pour accéder à l’information. Le choix des outils n’est jamais neutre.

Sur un ordinateur, quel que soit le système d’exploitation, on peut installer tout type d’application et lire tout type de fichier. On peut utiliser Internet Explorer, Edge, Chrome ou Firefox ; on peut installer un client mail ou utiliser un webmail ; on peut créer ses fichier en local ou utiliser massivement le cloud quand on a une connexion Internet. Au delà du débat logiciels libres ou propriétaires, Windows, Linux ou Mac, tant que les outils utilisés offrent une certaine liberté à l’utilisateur, c’est acceptable. Mais tous les outils n’offrent pas le même niveau de liberté.

Lorsque l’idée d’équiper les ideas box de chromebooks a été évoquée, afin de faire un choix éclairé et non dogmatique (Google prédateur, données perso etc.), j’ai tenté l’expérience chromebook et commencé à rédiger ce billet [1] avec l’asus c200 sous chrome OS mentionné plus haut.

Chrome OS ou le minitel 2.0

Les chromebooks sont équipés de Chrome OS, un système d’exploitation créé par google. Comme son nom l’indique, le navigateur chrome et les produits Google constituent le cœur du système d’exploitation. Il est impossible d’installer installer un bon vieux word ou excel, ou même libre office. Avec Chrome OS, on doit utiliser leur équivalent en ligne, google doc et google spreadsheet & co. On ne peut pas non plus installer de client mail. Tout se fait via webmail, Gmail étant proposé par défaut et ultra intégré au système d’exploitation.

Aucune donnée n’est stockée en local. Préférences, documents, mails, mots de passe, musique, films, etc. tout est envoyé chiffré sur les serveurs de Google. Au delà du fait qu’il faut avoir sacrément confiance en Google pour utiliser un chromebook, il est impossible d’utiliser chrome OS sans accès Internet. Il y a bien quelques applications qui fonctionnent, l’appareil photo,  la calculatrice, mais pas grand chose d’autre. Sans accès Internet, un chromebook est une brique. Et les Ideas Box sont déployées dans des endroits où la connexion Internet est rare.

On peut utiliser un chromebook sans compte Google, mais d’un redémarrage à l’autre, on perdra réglages, fichiers et applications. Un compte Google est nécessaire pour profiter pleinement des fonctionnalités de chrome OS. Ça peut avoir du sens pour certaines populations, je pense aux syriens qui sont la plupart du temps déjà très connectés et possèdent déjà un compte google, mais pour des réfugiés somaliens ou afghans, c’est impensable. Je n’imagine pas une seule seconde un animateur des Ideas Box expliquer avec une voix de publicitaire « pour profiter pleinement de l’expérience chromebook, n’hésitez pas à vous créer un compte Google ».

Chrome OS favorise donc l’utilisation des services Google. Favorise, le mot est faible. Chrome OS systématise l’utilisation des services Google. Le moteur de recherche par défaut – qu’on ne peut pas changer – c’est Google ; le navigateur par défaut – qu’on ne peut pas changer – c’est Chrome ; les outils bureautiques par défaut – qu’on ne peut pas changer – ce sont google doc, google spreadsheet & co.

Ce qui a achevé de me convaincre qu’on ne peut pas utiliser de chromebooks dans les ideas box, c’est l’offre culturelle intégrée à Chrome OS. Dans chrome OS, on peut télécharger de la musique, des films et des livres via les applications play books, play films et play music installées par défaut. Malheureusement, l’offre culturelle est… assez standardisée. Je vous laisse juge.

Avec un chromebook, Internet se résume à Google et quelques films américains. Je crois qu’on doit offrir plus que ça dans des programmes de littératie numérique. Alors pourquoi pas un chromebook ? Pour toute les raisons exposées ci-dessus.

  1. Premier et dernier billet rédigé sur un chromebook.

Réagissez

Si ce billet vous a plu ou si vous voulez apporter des précisions, ou si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je raconte, c’est ici qu’il faut vous manifester. Je me réserve toutefois le droit de supprimer toute contribution insultante ou qui n’aurait rien à voir avec la choucroute.

  1. RT @Barbayellow: Pourquoi ne pas utiliser des #chromebooks de #google dans des programmes de littératie numérique ? https://t.co/gAxsBVRKml

  2. Pourquoi pas un chromebook ?: Pourquoi ne pas utiliser des chromebooks dans des programmes de littératie numér… https://t.co/9OMRkkhRqs

  3. Nous qui sommes dans les zones de conflit avons vraiment besoin de tels outils, surtout pour assurer l’éducation des enfants en absence des enseignants. L’internet , une fois rendu accessible peut nous permettre de communiquer indépendamment des réseaux de téléphonie .

  4. RT @Barbayellow: Pourquoi ne pas utiliser des #chromebooks de #google dans des programmes de littératie numérique ? https://t.co/gAxsBVRKml

  5. Pourquoi pas un #chromebook ? https://t.co/vlfFiKsMzE via toujours intéressants tes billets 🙂 @barbayellow

  6. Pourquoi pas un chromebook ? https://t.co/ZBEnwYzbfE via @barbayellow

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  11. Fatouma Harber liked this on Facebook.

  12. Djossè Roméo Tessy liked this on Facebook.

  13. Leslie Fauvel liked this on Facebook.

  14. RT @Barbayellow: Pourquoi ne pas utiliser des #chromebooks de #google dans des programmes de littératie numérique ? https://t.co/gAxsBVRKml

  15. @Barbayellow Etonnant comme post, n’est il pas possible de stocker des doc, tableur livre numérique, ou films pour être utilisés hors ligne?

  16. Pourquoi le ChromeBook de Google est une fausse bonne idée pour les Ideas Box de @BSFontheweb https://t.co/OqePRAgHXM par @barbayellow

  17. RT @Barbayellow: Pourquoi ne pas utiliser des #chromebooks de #google dans des programmes de littératie numérique ? https://t.co/gAxsBVRKml

  18. […] je réagis au post présent sur blog.barbayellow.com qui nous explique pourquoi après réflexion il n’est pas envisageable d’équiper les […]

  19. Fatouma Harber, dans ce cas, un autre projet qui pourrait t’intéresser, c’est KoomBook : http://www.bibliosansfrontieres.org/index.php?option=com_k2&view=item&id=497:koombook-la-bibliotheque-numerique-ultraportative-et-autonome&Itemid=308 C’est un petit serveur avec une batterie et 4H d’autonomie qui embarque wikipedia et tout un tas de vidéos sélectionnées en fonction des contextes. Un (tout) petit bout d’Internet, sans accès Internet.

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