FIC 2014 : peut-on être réellement anonyme sur Internet ?

1 février 2014 , , 1 commentaire

J\’ai été invité à intervenir au FIC dans le cadre d\’une table ronde intitulée Peut-on être réellement anonyme sur Internet. La description officielle de l\’évènement donne une idée de l\’ambition des organisateurs :
Le Forum International de la Cybersécurité s’inscrit dans une démarche de réflexion et d’échanges visant à réunir l’ensemble des acteurs et des décideurs du monde la cybersécurité. L\’opportunité de parler d\’anonymat en ligne devant une assemblée majoritairement préoccupée par des questions de cybersécurité et donc probablement peu favorable à l\’anonymat en ligne était plutôt séduisante. Ça s\’appelle le dialogue. Le dialogue c\’est bon, mangez-en. J\’ai accepté.

Comme toute table ronde, celle-ci ne s\’est pas déroulée exactement l\’avait prévu l\’animateur. Et tant mieux. Préparer certes, mais avoir le conducteur de la table ronde avec les questions et réponses avant celle-ci, je ne vois pas l\’intérêt. Sinon célébrer avec nostalgie le temps béni du général et de l\’ORTF. Le débat ayant dévié sur d\’autres sujets au moins aussi intéressants tels que le droit à l\’oubli ou l\’utilisation commerciale des données personnelles, je n\’ai pas eu l\’occasion de détailler tous les éléments que j\’avais préparé. J\’écris ici ce que je n\’ai pu développer là-bas.

Peut-on Pourquoi être anonyme sur Internet

La question \ »Peut-on être anonyme sur Internet\ » n\’a pas vraiment de sens. Une table ronde d\’une heure, avec cinq intervenants, d\’horizons différents, n\’est pas la configuration idéale pour faire le tour d\’un sujet aussi vaste. Mais avant même de répondre au comment – car évidemment la réponse est OUI, on PEUT être anonyme sur Internet – il faut répondre au pourquoi. Pourquoi est-il absolument vital d\’avoir la possibilité d\’être anonyme sur Internet ?

Au Vietnam

Dans certains pays totalitaires on peut aller prison un billet de blog. Au Vietnam, toute critique du régime en place est sévèrement punie. Pour ne prendre l\’exemple que d\’un seul parmi les 34 blogueurs actuellement emprisonnés, Paulus Lê Son a été condamné à 15 ans de prison pour avoir écrit un billet demandant des réformes démocratiques.

En Iran

En Iran, les journalistes de Khabarnegaran.info écrivent tous sous pseudo. Ce site traite de la pratique journalistique en Iran, un sujet sensible et sur lequel les autorités locales son assez chatouilleuses. Dans un article publié en novembre 2013, Niki Azad (un pseudo) critiquait l\’enthousiasme de la presse iranienne après l\’élection du président \ »modéré\ » Hassan Rohani. Dans cet article, Niki cite deux journalistes, Ali Asgar Rameznapour et Jilatous Banyaghoub. Le premier a été contraint à l\’exil, la seconde, a été interdit d\’exercer le métier de journaliste pour une durée de 30 ans. Tous deux avaient, quelques années plus tôt, manifesté un peu plus d\’esprit critique que leurs contemporains. Citer le nom de journalistes emprisonnés en exil est interdit par le Haut Conseil de Sécurité nationale et d’autres autorités de régulation de l’information telles que le ministère de la Culture et de l’Orientation islamique ou le procureur de Téhéran. Sans pseudo, Niki aurait probablement subi le même sort que Jilatous ou Ali Asgar.

En France

A moins que vous ne fassiez partie de la frange de la population qui a oublié d\’utiliser son cerveau ces 15 derniers mois et que vous ne soyez membre ou sympathisant du Printemps français, ce rassemblement poujadiste, hétéroclite et ridicule dont le nom seul constitue une insulte à la mémoire du Printemps des peuples de 1848 et du Printemps de Prague de 1968, vous conviendrez que la France ne s\’est pas encore transformée en dictature socialiste et vous me rétorquerez :

Tu pousses un peu mémé dans les orties. On ne peut pas comparer la situation en France avec celle du Vietnam ou de l\’Iran. Nous on n\’a pas de rizières et puis on est le pays des droits de l\’homme. On ne va pas en prison pour un nom ou même un billet de blog.

Certes. Cependant, il existe dans de nombreux corps de métier un devoir de réserve. Les fonctionnaires ne peuvent pas tout dire en public. Il en est de même pour certaines professions libérales. L\’expression publique des avocats, par exemple, est soumise à certaines règles édictées par l\’Ordre des avocats. Pour autant, tous ces gens ont peut être des choses intéressantes à raconter. Le cas de maître Eolas est éclairant. Avocat, il blogue sous pseudonyme pour se conformer aux règles de l\’Ordre. Il tient aujourd\’hui l\’un des blogs francophones les plus consultés.

Un droit inscrit dan les textes internationaux

Au delà de ces cas très pratiques, l\’anonymat permet de garantir plusieurs libertés fondamentales : le droit à la vie privée et à la liberté d\’opinion. Si je souhaite consulter un site d\’extrême gauche ou d\’extrême droite, c\’est mon droit. Ce que je lis en ligne ne regarde que moi, et certainement pas mon fournisseur d\’accès. Je rappelle à toutes fins utiles que ce droit est inscrit dans la déclaration des droits de l\’homme et du citoyen de 1789 qui sert de préambule à notre constitution en France :

Article X : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Ainsi que dans la déclaration universelle des droits de l\’homme adoptée en 1948 par 58 États membres aux Nations Unies :

Article 12 : Nul ne sera l\’objet d\’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d\’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Article 19 : Tout individu a droit à la liberté d\’opinion et d\’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d\’expression que ce soit.

L\’anonymat, ou en tout cas le \ »pseudonymat\ », est nécessaire, y compris en France. Une fois établi le pourquoi, il convient ensuite de savoir Comment être réellement anonyme sur Internet.

Réagissez

Si ce billet vous a plu ou si vous voulez apporter des précisions, ou si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je raconte, c’est ici qu’il faut vous manifester. Je me réserve toutefois le droit de supprimer toute contribution insultante ou qui n’aurait rien à voir avec la choucroute.

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