Il faut considérer aussi la force que donne le web pour propager le contenu en question. L’enjeu est là : faut-il maîtriser d’une manière ou d’une autre cette faculté à propager, qui plaît lorsqu’il s’agit de vendre, qui déplaît lorsqu’il s’agit de provoquer.
La circulation de l’Innoncence des Musulmans est un « cas d’école », ou se mêle un timing que l’on ne questionne pas assez (délai entre la sortie et le « buzz »), une viralité spectaculaire et des répercussions incroyables, disproportionnées, des dizaines de morts.
Il ne faut pas maîtriser le flux. Il peut être instrumentalisé, bien évidemment ; pourtant même lorsqu’il s’agit de propogande, de provocations, d’insultes ; interdire ou bloquer un contenu est une entrave à la liberté d’expression et d’information – selon une position de principe qui dépasse les différentes législations.
Le contenu est roi, sa diffusion et sa consultation sont à la discrétion des utilisateurs. Qu’il s’agisse de l’Innoncence des Musulmans ou de caricatures du Prophète, c’est exactement le même principe.
Le flux, dont les capacités explosent – ce qui pose des questions philosophiques plus que politiques – est plus important en lui-même que le ménagement des sensibilités. La colère est compréhensible mais elle relève du sentiment individuel, de la croyance, quand le flux est intrinsèquement lié au développement humain et à la liberté.
Finalement, le modèle de circulation de l’information qui s’impose à nous s’impose à nous tous – extrêmismes compris – puisque tous les contenus finissent par échouer dans les endroits les plus reculés à un moment ou à un autre. C’est le principe du passage de l’événement à l’information.
Le modèle doit donc rester entier, intransigeant, et les exceptions doivent être extrêmement rares et faire l’unanimité (protection de l’enfance, point). Tout ce qui relève de la spécificité nationale ou religieuse est inquiétant, dangereux.
Alors que Charlie Hebdo fasse des caricatures tous les jours, qu’une Innoncence des Musulmans sorte une fois par mois. Et que les gens s’en détournent juste ce qu’il faut pour que ce contenu, au sein de milliards d’autres, subissent les règles de la juste concurrence… Si les gouvernements ne font pas plier l’extrêmisme – ce qui est fort propable puisque certains l’encourage – le flux s’en chargera.