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Je suis au chômage. Mais j’y travaille

Je viens d’être licencié dans le cadre d’un plan social. J’ai reçu ma notification de licenciement : « Nous avons le regret de vous informer que nous sommes contraints de vous licencier pour motif économique« . Je regrette aussi. Mais bon, c’est pas si grave. Il y a des gens qui n’ont pas de bras. Et puis tout n’est pas perdu. Dans le cadre de ce plan social (j’aime l’oxymoron « plan social ») je bénéficie d’un congé de reclassement. Je vais avoir la chance d’être accompagné dans ma recherche d’emploi par un cabinet d’outplacement. Mais de quoi me plains-je alors ?

Tous les salariés dans mon cas (nous sommes une centaine – dans un groupe de 2000 personnes) ont assisté à une réunion de présentation de ce cabinet d’outplacement. C’est lors de cette réunion que j’ai eu une vraie révélation. Non, non, le terme n’est pas trop fort.

Devant un auditoire aussi attentif, je ne peux me permettre de taire plus longtemps la nature de cette révélation : le chômage, c’est dur ; avec un cabinet d’outplacement, c’est encore plus dur. Je m’explique.

Je suis persuadé qu’au cours de ma longue carrière avant la retraite, je vais changer d’entreprise plus d’une fois. C’est la nouvelle règle du jeu : on ne fait plus carrière dans une entreprise (« on » est un con de toute façon, il n’aurait jamais fait carrière nulle part). La carrière à la papa, 40 ans dans la même boîte, c’est fini. Nous, les moins de trente ans diplômés au sourire brillant et à l’allure athlétique, nous allons changer de nombreuses fois d’entreprise, connaître des périodes de chômage, de reconversion, de doute, de déprime et nous tenterons un jour de nous ouvrir les veines avant de finir dans un hôpital psychiatrique, pour notre propre bien, bien sûr (à lire sur ce sujet, la dérive romancée d’un chercheur d’emploi, Mon CV dans ta gueule de Alain Wegscheider). Le chômage fait désormais partie de notre vie professionnelle. C’est comme ça mon petit gars, faudra t’y faire.

Psychologiquement je métais toujours plus ou moins préparé à ça. Je me voyais déjà appeler mes amis et leur demander:

et mes amis de répondre :

C’est pas bien grave. Il existe d’autres moyens de combler cette immense solitude générée par une longue phase de non emploi. Une connection ADSL et une PS2 par exemple. Je me croyais donc prêt. Dès la réunion de présentation avec le cabinet d’outplacement, j’ai su que je ne l’étais pas.

La consultante du cabinet, introduite par notre équipe des Ressources Humaines (un autre oxymoron), nous a exposé son plan pour nous aider à retrouver un emploi. Je croyais la chose facile : CV sur Monster, l'APEC et Cadremploi + épluchage chaque matin des annonces du Figaro, de Télérama, et de Bale.fr = emploi rapidement retrouvé. Que nenni ! Une vraie recherche d’emploi, dans le monde des cabinets d’outplacement, des vrais pros du reclassement, c’est ceci :

L’objectif de tout ce travail est de déboucher sur une OVR (Offre Valable de Reclassement) dont je vous livre la définition in extenso (récupérée sur le powerpoint de présentation) : « Une OVR est définie comme une embauche avec un contrat de travail de type CDI (ou CDD conduisant à un CDI), qui correspond au projet professionnel réaliste et validé (CPA), avec un salaire au prix du marché dans le bassin d’emplois visé, permettant au salarié d’utiliser ses savoirs et savoir-faire validés, sur le marché de l’emploi »

Je suis un peu caustique certes. Je ne devrais pas. Qui suis-je pour critiquer le travail de ces honnêtes gens ? Travail qui est justement de m’aider à en trouver un. Serais-je donc un ingrat ?

C’est une chance de bénéficier de ce genre de prestations. Moi perso, je m’en fous. Pour mes recherches, j’ai internet et du temps. En plus, mon petit doigt me dit que je vais trouver dans pas longtemps. Mais pour quelqu’un de 45 / 50 ans, ce genre de prestation est précieux. Ce que je critique dans cette présentation, c’est l’objectivation de la recherche d’emploi, la transformation d’une situation parfois tragique en process industriel. Etre au chômage c’est quoi qu’on en dise, être en marge de la société. Un chômeur n’est jamais défini comme « un chercheur d’emploi » mais plutôt comme un « sans emploi« . Je regrette vraiment qu’au cours de sa présentation devant tous les futurs chômeurs que nous étions, le cabinet ait rendu le chômage encore plus difficile à supporter psychologiquement qu’il ne l’est déjà. Mais comme dirait une collègue à propos de tous ces acronymes et de cette objectivation de la recherche d’emploi, « ils sont bien obligés de justifier leurs honoraires »

Bon, je vous laisse, il faut que je les appelle.

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Ca commence bien. J’envoie ce soir un mail pour prendre rendez-vous. Je reçois en retour ceci :

Original mail information:
Date: Thu, 26 Jan 2006 19:19 +0100
Subject: =congé de reclassement
Your mail could not be delivered to the following address(es):
xxx.xxx@xxx.com Receiver mailbox full

C’est pas encore gagné pour l’OVR.

Réagissez

Si ce billet vous a plu ou si vous voulez apporter des précisions, ou si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je raconte, c’est ici qu’il faut vous manifester. Je me réserve toutefois le droit de supprimer toute contribution insultante ou qui n’aurait rien à voir avec la choucroute.

  1. J’ai été dans votre cas et je suis tout à fait d’acord avec votre analyse des cabinets d’outplacement. Et la définition du chomeur… Bonne chance dans vos recherches (je me fais le meme souhait – encore au chomage,sans emploi, en marge de la société, …)

  2. Je vous souhaite la même chose. Et puis, nous sommes dans un beau pays : retrouver un emploi, c’est un peu comme le loto, ça n’arrive pas toujours qu’aux autres.

  3. J’étais salarié d’une grande entreprise, filiale d’un équipementier télécom qui n’est plus national. Bref, englué dans une indistrie, les télécoms, qui a licencié 50% de ses effectifs.

    Sous la pression de l’actionnariat (…) l’ambiance c’était pas mal dégradée. Bref, j’ai eu la certitude qu’il me fallait faire autre chose. J’avais trop de collègues très dégradés autour de moi. Je cite : « je ne dors plus que 4 heures depuis 2 ans », « j’ai perdu le sommeil », « je sais que dès que je serai dépassé, je ne vaudrai plus rien. Alors je me remets tout le sur les nouveaux secteurs [il travaille 6*12h par semaine] », « cela fait 2 fois que je m’arrête mais ça ne suffit pas », « je suis aller voir mon cardiologie, il m’a dit que je n’avais rien mais qu’il faut que je me calme ». Sans compter les arrêts maladie à répétition, les personnes tenant sous psychotropes… voir ayant eu des problèmes lourds de santé et/ou psychiques (en lien, plus ou moins direct, avec le boulot).

    Bref, constat fait : « courage fuyons ». J’ai donc repris des études… longues (on est en France, il faut des diplomes et la VAE ne permet pas d’aller très loin).

    Vient alors un plan social (ou PSE). Je me propose en tant que volontaire pour me consacrer à mes 2 dernières années d’études. Mon projet est validé par l’entreprise et le cabinet d’outplacement…

    Or… je suis à 5 semaines de la fin de mon congé de reclassement et j’apprends que mon projet n’est pas recevable par l’ANPE. Oui… je peux continuer mes études mais… non, je ne recevrai *aucune* indemnité Assedics (bien que licencié suite à PSE, projet validé, …).

    Petit témoignage pour alerter sur les activités de ces cabinets qui sont des miroirs aux alouettes. Les enterprises et la société externalisent le bureau des pleurs. Certains n’hésitent pas à faire du profit là-dessus sans aucune éthique…

    Welcome to the real world neo…

  4. […] une époque pas si lointain, je recherchais un travail. J’avais donc mis mon C.V. sur tous les sites d’emploi de la terre et m’étais […]