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Abstentionnistes en mousse

En cette période d'élection, je scrute les réseaux sociaux, je me fais des revues de presse, j'écoute même la matinale de France Inter. Au cours de cette immersion dans le monde de l'information sur la présidentielle, j'ai découvert une population dont j'ignorais l'existence : les abstentionnistes en mousse.

Petit bonhomme en mousse, trankil le style, a l'aise blaize, cool raoul par repaze black. Image sous licence CC BY-ND 2.0

Jusqu’ici j’imaginais que coexistaient deux types de population en période électorale :

Les votants
qui vont déposer leur bulletin dans l’urne avec plus ou moins de conviction, d’adhésion ou d’enthousiasme, mais ils votent et participent au système électoral et démocratique de la Ve République ;
les abstentionnistes
qui comme leur nom l’indique, ne votent pas, car ils ne sont pas intéressés ou parce qu’ils considèrent que ce système et ses représentants ne sont pas légitimes.

Les abstentionnistes en mousse

Il existe cependant un troisième type de population : les abstentionnistes en mousse. Ils ne votent pas mais s’intéressent de très près à l’élection présidentielle. Ils commentent les programmes, les candidats, les intentions de vote, les sondages et même les résultats. Mais ce qui fait leur particularité, c’est que malgré ce vif intérêt porté à notre système démocratique, ils s’abstiennent.

À l’argument « tu votes pas, tu ne prends pas tes responsabilités, alors ne viens pas te plaindre des résultats », l’abstentionniste en mousse rétorque que nous sommes dans un pays libre et qu’il a le droit de s’exprimer sur tous les sujets y compris sur l’élection. Par ailleurs, en tant que citoyen, car l’abstentionniste en mousse ne manque jamais de rappeler son appartenance  à notre système démocratique (« on est on démocratie, on peut s’exprimer, y compris sur les élections »), l’abstentionniste en mousse s’estime légitime à critiquer un président, ses ministres et sa politique pendant 5 ans, alors même qu’il a choisi de ne pas participer à l’élection.

Lors de mes discussions avec des abstentionnistes en mousse, j’ai essayé d’exprimer mon désarroi devant ce qui m’apparaît comme un manque de cohérence dans cette position. Pour ce faire, j’ai utilisé une métaphore simple, la métaphore alimentaire :

Je me suis vu répondre qu’il fallait respecter leur choix. Je respecte le choix des abstentionnistes en mousse de ne pas voter mais je ne comprends pas pourquoi ils s’intéressent tant à cette élection qui ne les intéresse pas.

Petit message

Ami abstentionniste en mousse, en cette veille de deuxième tour, j’ai un message à t’adresser : si pour toi les deux candidats sont aussi intolérables l’un que l’autre, et sache que je ne suis pas loin de penser la même chose, rends-toi bien compte que tu as raté l’opportunité de faire sortir l’un ou l’autre au premier tour. Alors s’il te plaît, épargne moi tes commentaires sur Macron et Le Pen.

Si ce système ne te convient pas, abstiens toi, mais fais le bien, fais le jusqu’au bout : entre en résistance, lis Henry David Thoreau sur la désobéissance civile, mets-toi à l’écart de ce système dont tu parle à longueur de tweet alors que tu le déteste tant et construis-en un autre.

La stratégie du pire

A noter, on peut devenir abstentionniste en mousse entre les deux tours. C’est le cas de nombreux Mélenchonistes qui refusent de se salir les mains en allant voter contre Le Pen et qui préfèrent rester le cul sur leur chaise en espérant… quoi ? Que Le Pen passe, que le peuple se soulève, que les gens envahissent les rues, que ce soit tellement le bordel que l’insurrection populaire va démarrer et le Grand Soir va advenir ? Sache ami abstentionniste en mousse que ce n’est pas pas en restant le cul sur son canapé que les révolutions arrivent. Les fascistes oui, les révolutions non.



Reagissez

Si ce billet vous a plu ou si vous voulez apporter des précisions, ou si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je raconte, c’est ici qu’il faut vous manifester. Je me réserve toutefois le droit de supprimer toute contribution insultante ou qui n’aurait rien à voir avec la choucroute.

  1. Nan mais t’as raison, c’est en présupposant que les gens sont débiles qu’on arrive à les comprendre…

  2. Je ne présuppose pas. Juste je ne comprends pas.

    Je ne comprends pas la position d’un abstentionniste occasionnel qui décide de ne pas voter à cette élection précisément. Si tu ne votes jamais parce que tu es contre le système, j’entends, je comprends, je respecte.

    Si la désobéissance civile ne te dit rien et que tu ne votes pas parce qu’aucun candidat ne te convient cette fois-ci, je ne comprends pas.

    La démocratie ce n’est pas à la carte, tu ne votes pas cette année parce qu’aucun programme ne te convient et tant pis si c’est un parti anti-démocratique qui gagne. C’est une responsabilité collective qu’il faut assumer en tant que citoyen.

  3. Pour filer la métaphore fromagère. Si tu aimes le fromage mais que le fromage de chèvre te dégoute (c’est vraiment mon cas) et qu’avant le dessert on t’apporte du cabécou et du chabichou tu fais quoi ? Par politesse envers ton hôte tu mange de celui qui dégoute le moins quitte à aller le recracher en douce au toilette ou tu refuse poliment en disant « désolé, le chèvre je peux pas ».

    J’ai voté au 1er tour, je voterai probablement blanc au 2nd car je hais le néofascisme et je déteste les politiques libérales qui éreintent le pays depuis 15/20 ans (du coup je ne suis pas absentionniste).

    J’adopterai la stratégie d’aller cracher mon chèvre dans les chiottes si EM s’effondre vraiment dans l’opinion pour reprendre 5 ans de communication politique et de politique théâtre.

  4. C’est un point de vue. Le mien est commun au débat du lien ci-dessus.

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