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« Bonne radicalisation »

En novembre dernier j'ai eu l'occasion d'animer une formation à la sécurité numérique dans le cadre de la Street School. Les 3 heures de formation se sont terminées sur un "bonne radicalisation à tous" lancé par l'un des participants. Je suis pas une balance, je donnerai pas le nom, même si Cazeneuve me le demande.

Même si c’était évidemment fait sur le ton de l’humour (je ne veux pas de problèmes avec les services hein, C’ÉTAIT UNE BLAGUE), cette boutade est malheureusement très symptomatique du contexte paranoïaque actuel :  aujourd’hui si tu chiffres, tu es un potentiel terroriste.

Les outils de chiffrement ne sont plus considérés comme nécessaires à la protection de la vie privée ou – comme dans ce cas précis –  nécessaires à l’exercice du métier de journaliste et à la légitime (et obligatoire) protection des sources. Non, si tu utilises un outil de chiffrement, c’est que forcément tu as des choses à cacher et que peut-être même bien que tu serais un terroriste qu ça m’étonnerait pas.

Pourtant, ça n’a rien  à voir. Ce n’est pas parce qu’un terroriste a utilisé un messagerie chiffrée que toutes les messageries chiffrées sont utilisées par des terroristes. Je pense dans ce cas précis à tout le buzz imbécile sur Telegram, la messagerie utilisée pour communiquer par Kermiche et Petitjean, les deux assassins de la tuerie de St Etienne du Rouvray. Telegram a depuis été pointé du doigt par les autorités comme l’un des moyens de communication préférés des terroristes. S’en sont suivis de nombreux débats sur « faut-il interdire les outils de chiffrement » ? Avec une logique digne d’un imbécile heureux vivant au pays des bisounours :  des terroristes utilisent des outils de chiffrement alors supprimons les outils de chiffrement, comme ça on n’aura plus de terroristes.

Ce ne sont pas les outils de chiffrement qui créent des terroristes. C’est l’échec scolaire, le chômage, la prison, les contrôles aux faciès, tous les échecs et toutes les humiliations qui font que des gens nés et élevés en France deviennent des terroristes irrécupérables. Certains me traiteront à leur tour de naïf imbécile heureux vivant au pays des bisounours alors pour ma défense je republie ici quelques morceaux choisis de l’enquête de Médiapart parue le 5 novembre 2016 sur les deux terroristes de St Étienne du Rouvray :

C’est quelques jours seulement avant l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray que s’opère la rencontre de Kermiche et Petitjean. Deux jeunes en échec scolaire, en galère de petits boulots, en manque d’argent, de reconnaissance et de statut social, avec certaines failles affectives, fascinés par le djihad, et qui se sont l’un et l’autre fortement radicalisés. (…)

Désœuvrement, frustration, faible estime de soi, troubles de l’identité, fascination pour les images violentes, fanatisme religieux, lavage de cerveau et fuite en avant se mêlent, dans le processus de radicalisation et de passage à l’acte d’Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean.

Interdire Telegram et les outils de chiffrement ne résoudra rien. Pire, ça pénalisera tous ceux qui en ont besoin : journalistes, avocats et tous ceux qui ont quelque chose à cacher, c’est  à dire tout le monde. On a tous quelque chose à cacher. Ça s’appelle la vie privée. Sans vie privée, pas de liberté de d’expression, sans liberté d’expression, pas de démocratie. Et la fin de la démocratie c’est exactement ce que recherchent les terroristes. Alors si on pouvait ne pas les aider, ce serait pas mal.

Quelques ressources

Pour bien vous radicaliser, et accessoirement faire un acte citoyen en faveur de la démocratie, quelques ressources :

Pour aller encore plus loin : le très bon guide de TacticalTech, une mine d’information.

Allez, bonne radicalisation !



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