La sécurité numérique, un truc de bonhomme ?

Longtemps je me suis levé de bonne heure j'ai cru qu'une approche de la sécurité numérique par genre était compliquée voire impossible. Par une approche par genre, j'entends faire des formations, du contenu et des outils en fonction du genre ou des préférences sexuelles (femmes, gays, bi, transsexuels) du public visé [1]. La technologie est neutre me disais-je, adopter une approche genrée est inutile voire contre-productive. Je me trompais.

La technologie n’est pas neutre

La majorité des gens qui travaillent de près ou de loin dans le secteur informatique et qui créent les outils que nous utilisons au quotidien sont des hommes, blancs, hétéros (ou se déclarant comme tel), occidentaux. La façon dont les outils sont créés, la façon dont la technologie est présentée, enseignée, transmise, est largement influencée par ses contributeurs. Des hommes blancs hétéros (ou se déclarant comme tel) occidentaux. Dès lors, une approche qui permet de corriger ce biais est importante voire nécessaire.

Chez RSF, lorsqu’une de mes missions consistait à créer et animer des formations à la sécurité numérique, nous n’avons pas réussi à créer quelque chose de satisfaisant sur ce sujet [2]. En fait c’est même pas qu’on n’a pas réussi c’est qu’on a abandonné assez vite à coups de « oui mais c’est compliqué, je vois pas comment faire etc. ». Et pour cause, moi qui était en charge de cette mission, j’étais (et suis toujours) un contributeur ultra-standard du monde de la techno : un homme blanc, hétéro (ou se déclarant comme tel), occidental.

Zen and the art of making tech work for you

D’autres, avec qui nous discutions à l’époque ont eux bien avancé sur le sujet et réussi à créer des outils intéressants. C’est le cas de Tactical Tech qui a publié un excellent guide : Zen and the art of making tech work for you. Il répond à la question : comment faire pour publier en ligne lorsque je suis une femme en Arabie saoudite et que je revendique plus de liberté, ou homosexuel au Cameroun et que je veux quand même raconter ma vie, bref quand mon genre ou mes préférences sexuelles pour lesquelles je milite peuvent mettre ma vie en danger. Il y est question de la création de safe space en ligne ou hors ligne, de moyens de lutte contre le harcèlement, d’outils de contrôle de trolls, de prise de parole sous pseudo, de contrôle de ses infos perso, etc.

La démarche adoptée par Tactical tech est au moins aussi intéressante que le contenu et c’est probablement pour ça que leur travail est si réussi : ces tutoriels ont été écrits en collaboration avec une communauté de femmes et trans-activistes, de défenseurs des droits de l’homme et d’experts en technologie, ainsi qu’on l’apprend dès l’introduction :

This manual is a community-built resource for our growing community of women and trans* activists, human rights defenders and technologists.

Free tip for you

Toi qui travaille dans une ONG, je te donne un tip, si tu veux faire quelque chose de pertinent pour tes bénéficiaires, demande leur de quoi ils ont besoin. C’est assez simple comme idée, mais collecter l’information à la source, ça fonctionne plutôt bien. C’est un truc de journaliste parait-il.

Ce guide est publié sous licence creative commons, donc téléchargez-le, modifiez le et surtout et partagez !

  1. Ce qui, dans une bonne partie de la planète, n’est pas complètement inutile vu ce qu’on risque à se déclarer homosexuel voire à prendre la parole en public quand on est une femme.
  2. C’est aussi une question de volonté politique : RSF a resserré son action autour des journalistes professionnels et abandonné la voie qu’elle avait pris quelques années plus tôt à savoir la défense de la liberté d’information voire d’expression qui permettait de travailler avec des militants plus divers que les journalistes citoyens : écologistes, LGBT, etc. Un changement malheureux à mon sens.

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