Des réseaux obsolètes pour rétablir le réseau internet

Réseau pneumatique de Paris

Dans de nombreux pays, le réseau internet est largement sous contrôle. Cela va de simples ralentissements de connexion à la coupure totale en passant par des mesures plus ciblées telles que la mise en place d’un système d’écoute généralisé [1].

Heureusement, il existe de nombreux moyens pour contourner le contrôle des réseaux. L’un des plus beaux coups de l’année 2011 a été réalisé par Telecomix, un groupe de hackers white hat, lors de la coupure généralisée du réseau internet en Egypte.

En janvier 2011, suite aux manifestations qui ont embrasé l’Egypte, le gouvernement Moubarak, lorsqu’il était encore en place, a cru bon de couper le réseau internet pour éviter à la contestation déà en place de se développer encore plus. Devant cette coupure, les membres de Telecomix sont partis d’un constat simple. Le réseau internet est coupé ? Pas de problème ! On va utiliser un autre réseau, plus vieux, donc pas dans le radar du gouvernement, à savoir, le réseau téléphonique. C’est ainsi que ces crapauds fous ont installé un pool de modems et rétabli un accès internet en Egypte.

Pour avoir accès à cette connexion, encore fallait-il connaître le numéro de téléphone à appeler, avoir un vieux modem analogique sous la main et surtout être informé de cette initiative – chose un peu compliquée dans un pays où les communications sont coupées. Toujours est-il que quelques égyptiens ont quand même pu accéder au réseau internet pendant les 5 jours qu’a duré la coupure internet.

Cette initiative illustre l’une des méthodes de contournement de la censure en ligne expliquée et détaillée dans l’excellent guide How to bypass cybercensorship (disponible en français, anglais, espagnol, arabe, farsi, birman, vietnamien, russe et chinois) :

Utiliser des technologies très vieilles ou très récentes

Souvent, une censure utilise les techniques de filtrage et de surveillance sur les protocoles et services Internet standards. Essayez d’utiliser des technologies très vieilles ou très récentes qui ne sont ni bloquées ni surveillées. Avant l’avènement des logiciels de messagerie instantanée (Windows Live Messenger, AIM, etc.), les communications de groupes utilisaient IRC (Internet Chat Relay), un protocole qui permet l’échange de messages texte en temps réel sur Internet. Même s’il est moins populaire que ses successeurs, IRC existe toujours et est toujours utilisé à grande échelle par une grosse communauté d’internautes. Un BBS (Bulletin Board System) est un ordinateur exécutant un logiciel qui permet aux utilisateurs de se connecter, d’envoyer et de télécharger des logiciels ou tout autre forme de données, lire des actualités et échanger des messages avec d’autres utilisateurs. A l’origine, les utilisateurs devaient appeler un numéro de téléphone en utilisant leur modem pour accéder à ces systèmes mais, depuis les années 1990, plusieurs BBS ont aussi autorisé l’accès avec des protocoles Internet textuels interactifs comme Telnet ou SSH.

Les nouvelles technologies profitent aussi des mêmes bénéfices que les vieilles, puisqu’elles sont utilisées par un nombre limité d’utilisateurs et sont donc moins soumis à la censure. Le nouveau protocole Internet IPv6, par exemple, est déjà déployé par certains FAI dans certains pays et n’est généralement pas filtré.

Comment contourner la censure sur internet, p 50. PDF 13,6 Mo (Please copy !!)

Dans le même ordre d’idée et beaucoup plus proches de nous chers lecteurs (à moins que certains d’entre vous ne lisent ce blog depuis la place Tahrir en Égypte ce qui m’étonnerait un peu quand même), si  à l’occasion d’événements politiques majeurs et de manifestations éventuelles qui en résulteraient, le réseau internet à Paris s’avèrerait être bloqué, je mets à disposition, à mes risques et périls, la carte du réseau pneumatique de Paris de 1967. Internet, c’est avant tout une histoire de tuyaux.

  1. Précision quant à cette dernière technique : les régimes autoritaires souhaitant mettre en place ce genre de techniques peuvent compter sur le savoir faire des sociétés françaises et le bon vouloir de l’état français : au Maroc, en Libye et ailleurs c’est bel et bien une société française, Bull Amesys, qui a vendu et supervisé la mise en place de ce type de système, lequel étant assimilé à une arme de guerre, ne peut être vendu sans l’accord du premier ministre. Vive la France comme disent les vieux cons.

Réagissez

Si ce billet vous a plu ou si vous voulez apporter des précisions, ou si vous n’êtes pas d’accord avec ce que je raconte, c’est ici qu’il faut vous manifester. Je me réserve toutefois le droit de supprimer toute contribution insultante ou qui n’aurait rien à voir avec la choucroute.

  1. Ils en parlent ailleurs

    Delphine Dumont

    Sur le barbablog: Des réseaux obsolètes pour rétablir le réseau internet http://t.co/Wt0xZtlC

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