En début de semaine dernière, j’ai eu un rendez-vous client qui s’est avéré particulièrement intéressant. Ce – potentiel – client recherche des freelances spécialistes de la plate-forme WordPress. Le groupe de presse dans lequel il travaille envisage en effet d’adopter WordPress pour propulser ses différentes publications en ligne. S’en est suivi une discussion très intéressante sur les raisons qui ont poussé ce groupe à choisir ce CMS plutôt qu’un autre.

WordPress comme CMS

Déjà d’entrée de jeu j’étais scotché. Très souvent WordPress n’est pas considéré comme un outil assez costaud pour servir de CMS. Qu’un groupe de presse décide de l’utiliser pour ses publications en ligne, là où on retrouve d’habitude un vignette [1], un CMS maison développé dans la cave à coups de modules archi-propriétaires ou au mieux, un Drupal, j’étais scotché. Non pas que je ne considère pas WordPress comme étant assez solide pour être utilisé comme un CMS à part entière – bien au contraire – mais cet outil souffre tellement de sa réputation d’outil de blog que l’imposer dans un groupe de presse pour les sites principaux, ne me parait pas tâche aisée. Et pourtant, c’est chose faite chez ce client.

WordPress parce que c’est simple

Après un Benchmark effectué en juillet sur les principaux CMS du moment (Drupal , Joomla, WordPress), WordPress a été retenu pour sa simplicité. Là où bien souvent cette apparente simplicité représente un obstacle dans l’adoption de WordPress comme CMS (trop basique, pas assez évolutif, pas puissant etc…), dans ce groupe de presse, ça a été un atout décisif. Là où ce groupe a eu une idée de génie, c’est qu’ils ont décidé de convaincre en premier lieu les utilisateurs finaux de l’outil, à savoir les journalistes.

Pour la première fois au monde un Système de Gestion de Contenu a été choisi non pas pour faire plaisir à l’équipe technique mais pour répondre aux besoins de l’équipe qui l’utilisera le plus. J’ironise évidemment mais après quelques années d’expérience dans le monde de l’édition de contenu en ligne, c’est suffisamment rare pour être signalé. Bien souvent ce sont les techniciens qui font le choix du CMS. Résultat : ils optent pour une machine ultra blindée qui saura tout faire mais qui ne répond pas à sa fonction première : la publication facile et aisée de contenu. Alors oui, Vignette, ça fonctionne, eZ Publish aussi, mais ces systèmes sont d’une telle complexité que pour faire le moindre développement spécifique, il faut compter 1 à 2 semaines minimum. Alors oui, c’est sécurisé, oui, ça sait interroger un annuaire LDAP les yeux fermés et les mains dans le dos, mais cela ne satisfait pas aux besoins premiers des utilisateurs. Et je ne parle même pas du temps de formation pour réussir à publier un article avec ces machines là.

Dans ce groupe, le problème a donc été pris à l’envers. Plutôt que de demander à l’équipe technique quel serait l’outil le plus adapté pour leurs sites, on a demandé aux journalistes de choisir entre plusieurs outils. Et des trois outils arrivés en shortlist (je répète pour ceux qui n’auraient pas suivis : joomla, drupal et wordpress) c’est WordPress qui a été choisi pour la simplicité de son interface.

Les journalistes conquis à l’usage

En fait de choix, ce groupe a mené un petit projet propulsé par WordPress. L’équipe technique a formé les journalistes en moins d’une journée et à peine trois semaines après le début du projet, les journalistes avaient déjà la possibilité de publier leurs articles, de leur attribuer une catégorie, des tags, une date de publication et de les voir remonter sur le site. A l’usage, l’équipe rédactionnelle a très vite intégré les concepts de taxonomie et de catégories, les deux principales capacités d’organisation du contenu de WordPress [2], et s’est mise à réfléchir aux meilleurs moyen de les utiliser dans le cadre d’autres projets.

Les développeurs, à convaincre

Là où ça a le plus coincé par contre, c’est avec les développeur. Quand mon client m’a raconté ça, je suis tombé de ma chaise. Quoi ai-je alors hurlé – par terre car j’étais tombé -  Mais vos développeurs sont fous !. Et j’ai rajouté en me tournant vers ce que je croyais être supposément l’ouest : Père pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Matt Mullenweg le créateur de WordPress habite en Californie. Et la Californie, c’est  à l’ouest de Paris.

Les développeurs trouvaient WordPress trop simple. Il est vrai que WordPress est simple. C’est d’ailleurs sa principale qualité. Pour récupérer la plupart du contenu des bases de WordPress, vous n’avez pas besoin d’écrire une seule requête sql. Et si jamais vous voulez quand même en écrire une, vous n’aurez même pas besoin de passer par un bon vieil mysql_fetch_array ou par une librairie type Pear DB pour récupérer vos résultats, WordPress vous fournissant ses propres fonctions de connexions avec sa classe wpdb. Et c’est pareil pour tout : envoyer un mail, créer un utilisateur, ajouter un champs dans l’admin… Il y a une fonction pour tout. S’il est vrai que la courbe d’apprentissage de WordPress est beaucoup plus courte que celle d’un Drupal ou d’un Joomla, si vous souhaitez taquiner un peu plus la bête, il vous faudra en passer par l’apprentissage des fonctions évoluées de WordPress et là, même pour un développeur chevronné, il y a de quoi faire.

Finalement, après avoir manipulé l’outil, les développeurs ont adopté WordPress et ont compris que s’ils voulaient s’amuser ils pourraient quand même développer tout un tas de plugins en utlisant les classes de WordPress ou du php pur et dur.

Mise à jour : Fran6 vient juste de m’envoyer un lien intéressant : le témoignage de Allen Stern de CenterNetworks.com qui explique pourquoi il est passé de Drupal à WordPress. En gros les raisons sont les mêmes que celles évoquées ci-dessus : l’interface de saisie de WordPress (le backoffice pour jargonner) est beaucoup beaucoup beaucoup plus efficace.

  1. c’est de moins en moins le cas cependant et heureusement
  2. bien qu’on puisse le tordre de différentes manières pour en créer d’autre