Grèves : libérez les otages

17 novembre 2007 , 11 commentaires
A longueur de journée, à la télévision ou à la radio, on entend des témoignages d’usagers pris en otage par les cheminots.

Bizarrement, je ne me souviens pas avoir vu circuler la moindre demande de rançon pour un particulier pris en otage. Je n’ai pas non plus vu le moindre gréviste attraper un usager pour lui pointer un révolver sur la tempe ou lui passer un couteau sous la gorge.

Les otages m’ont l’air plutôt bien traités. Ils mangent à leur faim, ils rentrent chez eux tous les soirs, avec plus ou moins de difficultés mais ils rentrent, ils voient leur famille tous les jours et, dans leur geôle, puisque c’est là qu’on garde les otages en règle générale, ils ont même une télévision qui leur répète tous les jours qu’ils sont pris en otage.

J’ignore tout de la menace qui pèse sur ces otages mais ce doit être une menace assez terrible pour qu’ils s’obligent à regarder le journal télévisé qui leur passe des témoignages aussi imbéciles avec des termes aussi peu appropriés.

Aux otages qui conservent encore une petite étincelle d’espoir au fond de leur coeur, une étincelle assez grande pour leur donner un jour l’envie d’échapper à leur condition d’otage, ceux-là, je les invite à lire le dernier billet du Big Bang Blog.

Pour les autres, il parait qu’il y a des réduc’ chez Darty sur les écrans Plasma.

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  1. Ah merci ! Excellent billet.
    J’ai peur que les journalistes ne connaissent pas toujours le sens des mots qu’ils utilisent, ni d’ailleurs que les mots sont souvent des armes.

  2. Un terme qui me fait rire jaune en ce moment c’est « la grogne ». La grogne des étudiants ceci, des fonctionnaires privilégiés cela… Impossible de trouver un terme moins péjoratif ?

    Pas mal de maniement de phrase bien manichéen également ces temps-ci. « La bonne nouvelle c’est que les usagers vont pouvoir enfin être tranquille » à opposer à « la mauvaise, c’est qu’ils sont pris en otage ». Merci de laisser aux gens le soin de juger de ce qui est bon pour eux ou non.

    Dernière anecdote, c’est la répétition du soit disant « arrêt » de la grève par nos amis de CFDT, qui eux répètent à tue-tête, ce n’est pas un arrêt, mais une suspension.

    J’en oublie sûrrement d’autres… A vous.

  3. Ouais, et si c’était juste les médias… Entre les propositions « ultimes » de Sarko au dernier moment et les envies soudaines de négo de la CGT la veille du début de la grève, j’ai l’impression au mieux d’être au théatre (au pire qu’on nous prend pour des cons). Le terme « privilégiés » me plait bien aussi : si Sarkozy en est déjà à liquider les privilèges, je propose qu’il les passe tous à la loupe. Ce serait marrant, nan ?

  4. Tiens, un autre terme… C’est « la galère ». Que les usagers se disent « en galère », soit. C’est un langage figuratif et familier que tout le monde utilise. Mais quand les médias déclarent que « demain s’annonce une nouvelle journée de galère ». C’est différent. Galère rentre dans le langage journalistique. Je vous renvoie donc à cette définition :

    La peine la plus sévère, après la peine de mort, était, au XVIIe siècle, la condamnation aux galères. Le roi de France recrutait ses galériens auprès des Tribunaux qui condamnaient, dans un premier temps, les criminels et, par la suite les petits délinquants, les faux-sauniers, les contrebandiers, les déserteurs, les mendiants, les vagabonds, les protestants, les révoltés contre les nouveaux impôts.

    Pensez-vous vraiment qu’être coincé dans les bouchons ou sérré dans une rame de métro soient aussi terrible qu’une condamnation aux galères ?

  5. Sur le terme otage, le wiktionnaire précise que:

    Etymologie
    Du vieux français hostage (logement) provenant du latin hospes lui même dérivant de hostis (étranger, ennemi). Le mot vient donc de l’endroit ou les personnes étaient en général retenues : dans le logement de leur ennemi.

    Il semble donc que l’emploi du terme soit particulièrement adapté à la situation.

  6. Je ne connais aucune définition d’otage qui mentionne une notion de faim, d’arme, de privation de famille ou de télévision.
    Il s’agit toujours de restreindre la liberté de personnes en vue de faire pression sur des tiers.
    Et si on s’offusque de l’image mentale un peu trop puissante associée à certains termes, on peut proposer tout un dictionnaire de termes galvaudés en raison de leur usage un peu trop banalisé: esclave, impérialiste, stalinien, fasciste, etc.

  7. Quintescent >> Personnellement, quand j’entends le mot otage, je pense à Ingrid Bétancourt ou Florence Aubenas dont les vies étaient ou sont encore menacées plutôt qu’à un usager des transport en commun qui s’est retrouvé un peu plus serré que de coutume dans son métro quotidien.

    Il y a le sens étymologique et le sens usuel. Comme tu le dis si bien, le mot otage est associé aujourd’hui à une « image mentale un peu trop puissante » pour décrire des usagers gênés par une grève des transports publics.

  8. Est-ce qu’on est dans l’outrance quand on parle de « vouloir la mort » des universités ou de « pratiquer la casse systématique » du service public ?
    Ou quand on fait défiler des cercueils dans les manifestations de fonctionnaires qui n’ont pas obtenu le nombre souhaité de points d’augmentation ?
    Ou encore quand on parle « d’eugénisme nazi » à propos de tests de paternité ?

    Il faut soit dénoncer toutes les outrances, soit n’en dénoncer aucune, soit reconnaître que ses dénonciations ne sont rien d’autre que des prises de position partisanes (ce que les vide du contenu moral qu’on voudrait leur donner).

  9. Je le suis, en effet.
    Comme beaucoup d’otages, qui n’ont rien d’autre à faire.
    Qu’est-ce qu’elle peut bien faire, Ingrid Bettencourt, à part observer ?
    Et Florence Aubenas, avec quoi elle écrit ses bouquins quand elle revient ?

    (Note: Mince, mais c’est quand même vrai qu’une bonne icône médiatique, ça enrichit le discours matyrologique à peu de frais !)

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